Toski – Barda et chapeaux
J’avouerais que rien n’est écrit à l’avance et que tout est développé au fil de la plume (ou plutôt, de la touche). Comme toujours, ceci est une pure fiction, et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait totalement fortuite. Je n’ai aucun but particulier en écrivant cette histoire, si ce n’est mon amusement personnel. Néanmoins, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à la lire que je n’en ai pris à l’écrire. Une suite est probablement à venir (en fait, elle existe déjà quelque part, il ne manque plus qu’à la trouver).
Bonne lecture !
Bien sûr. Mais qu’il était bête. C’était aujourd’hui. Ce soir. Là. Maintenant. Arvan s’assit sur son matelas. C’était donc pour cela qu’il avait été appelé. C’était pour maintenant. Les autorités en vigueur n’ont jamais laissé filtrer d’informations à ce propos, mais il le savait : tout se jouerait tout à l’heure. La plus part de ses collègues du corps d’élite avaient l’air tendus ces derniers temps. Maintenant, il savait pourquoi. Il se leva et attrapa une tasse d’huile de morue épicée, son breuvage favori. Un des plus chers de tout le continent. Être membre du corps d’élite était une position enviable par plusieurs aspects : cela voulait dire que l’on était agile, intelligent, et surtout riche. Mais certains préféraient se dire qu’il valait mieux regarder ces “héros” de loin, car leur entrainement laissait parfois quelques “séquelles”, notamment au niveau des goûts. Arvan avait été sélectionné dès son plus jeune âge pour faire partit du groupe à la renommée plus imposante qu’une montagne dans une cafetière. Ce groupe donc, avait été fondé environ 12 ans avant l’ère du Bec (soit environ en 1759, selon le calendrier grégorien Humain) par le roi (en tant que monarque absolu) présent sur le trône à cette période : Egend. Il l’a nommé, par manque évident d’inspiration : “Repère/Rage” (le “/” ne se prononçant que par une légère pause). Ce corps d’élite en autosuffisance forme depuis des décennies des éclaireurs, des espions et des assassins (et depuis peu, un groupe dit de “démolition active”, bien moins fin). La dureté de l’entraînement des recrues forge, en plus de leur capacités physiques et mentales, un égo de type fort, vraiment très fort. D’un autre côté, le recrutement se fait après avoir subit une séries d’épreuves présentant toutes leur lot de complications : sport dans la neige, empaillage de chameaux séchés, destruction de billes de zinc… Facile ! Pour vous, (plus ou moins) jeunes bipèdes, élégants et virtueux. Seulement, ces êtres là sont en fait des canards. Oui, des canards, comme ceux à qui vous lancez négligemment du pain le dimanche après-midi dans le parc pendant votre promenade hebdomadaire de citadin.
Oui, je vous parle bien là de l’histoire d’un peuple de palmipèdes qui pourrait bien un jour se produire, si nous autres les Hommes continuons à les regarder de haut, sans se douter de rien. Mais cela ne serait pas intéressant de conter un récit qui se déroule exactement comme ici bas. Il faut bien un peu de fantaisie, n’est-ce pas ? Bien. Reprenons.
Quelqu’un frappa à la porte. Avan, jusqu’alors plongé dans la contemplation soporifique des vapeurs de fumé s’élevant de sa tasse chaude, sursauta. “Pas bon ça”, se dit-il. “Faut jamais se laisser surprendre. Entrez !”. Un canard entra et se plaça face à la table (qui occupait par ailleurs la majorité de l’espace de la petite habitation), puis rajusta ses plumes. Il s’agissait de Greg, le messager du général en chef Caduk. Il était donc là pour une missive d’une importance qui pouvait se révéler capitale, en ces heures. Il prit la parole :
“Bonsoir, monsieur Arvan”. Oui, le principe de noms et prénoms n’existe pas chez les canards. Juste une appellation, pour chacun d’entre eux attribuée à la naissance. “Je suis ici pour vous demander de me suivre jusqu’au général Caduk, qui souhaite s’entretenir avec vous et vos collègues de vive-voix”. Arvan réfléchit : et si c’était un piège ? Non. Lui et Greg, mal grès le ton officiel que se dernier venait d’employer, se connaissaient depuis longtemps. En fait, ils s’étaient toujours connu. “J’arrive”, dit-il. Oui, ça manquait un peu de classe, mais il n’en avait que faire. Il pris son chapeau noir, représentatif de son rang, qui traînait sur la chaise en osier.
Il faisait nuit dehors. Greg ramassa une torche qu’il avait laissé contre l’entrée de l’habitacle de Avan (qui était en fait intégralement creusé dans un grand et magnifique chêne) , puis l’alluma. Ils marchèrent le long des rues dallées afin de rejoindre la canalisation principale. En effet, à cette époque, les humains n’avait pas encore envisagé la mise au sous-sol des égouts (car tellement pratique pour y jeter quelques cadavres). Ils serpentaient donc les rues de la ville, pour se jeter dans le fleuve d’Oque (c’est son nom). Ils marquèrent quelques poses afin de ne pas se faire repérer par des humains. En effet, une rencontre impromptue avec deux canards se filant le train sans avertissement peut parfois choquer et mener à des réactions démesurées pouvant être néfastes pour tous.
Après avoir trottiné quelques minutes entre les déchets jonchant la voie publique, Greg vira d’un quart de tour à droite pour s’engouffrer dans une bouche d’aération dont les grilles avaient été écartées pour un gabarit moyen. Disons, celui d’un canard. Dans ce conduit, la torche était la seule source de lumière. Celle-ci rendait d’ailleurs tout à fait fantaisistes les raccordements plastiques entre les tuyaux, où certains rongeur, grâce à cette matière plus malléable que le reste, c’était amusés à griffonner des mots doux (comme “Gruiii !” ou “Hanfjt’euhkif”). Greg s’arrêta net au bord d’un trou (assez large pour un derrière de canard, par hasard), déposa la torche contre la parroie, et décendit sans plus de cérémonie autre que “attention, ça glisse”.
S’en suivit alors plusieurs déambulations du même type dans le circuit des eaux hors-service qu’il serrait tout à faire inintéressant de détailler vraiment. Toujours est-il que nos deux bipèdes débouchent enfin dans une grande (pour un canard, parce qu’un être humain standard n’y rentrerais pas debout. 1m50 on va dire) grotte ou s’afférait tout un petit monde de palmipèdes, apparemment dirigés par un autochtone plus vieux que la moyenne. D’ailleurs, celui-ci se retourna et fit face aux nouveaux arrivants :
“Eh ben ! Vous voila enfin vous ! Greg, combien de fois t’ai-je dis de ne pas faire des détours pour te rafraichir quand tu es en mission ? M’enfin… Arvan ! Suis-moi !
- Tout de suite Général Caduk !”
Un peu long à démarrer, j’en convient. La suite un prochain coup !
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- Published:
- 26 décembre 2008 / 11:13
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